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Le Cantal en mots

"Le Cantal existe. Il est incontestable. Il est accroupi au centre de la mêlée des terres et il tient bon."

Marie-Hélène Lafon explore notre département dans plusieurs de ses romans. Ici, un extrait de son "Album" paru en 2012 chez Buchet Chastel.

“Le Cantal existe. Il est incontestable. Il est accroupi au centre de la mêlée des terres et il tient bon.

 

On le quitte, on y revient, on n’en revient pas, on le découvre, on le redécouvre, on l’espère et on l’attend, on le suppute, on le suppose, il désarme et désempare, il attendrit, il décourage mais ne désespère point.

 

On étreint le Cantal, à pleins bras, on le regrette, on le récite, on le rêve, on l’emporte partout, on le respire, on le flaire, on ne l’avale pas, on le déglutit, on le suinte, on le suppure, il s’avère virulent, il s’accroche, il résiste, il persiste, il s’exaspère, il demeure.

 

Le Cantal crache à quatre vingt deux degrés à Chaudes-Aigues, se crucifie en noir à Saint-Flour, guigne la papauté à Aurillac, se ruine en grand seigneur à Alleuze ou Apchon, traque la Bête en Margeride, plafonne en lambris historiés à Cheylade, s'enorgueillit noblement à Anjony, ou Pesteils, joue les acrobates à Garabit, voit le bout du tunnel au Lioran, brasse la gentiane à Riom-ès-Montagnes, prend le maquis des estives à Allanche, raffine en coquetteries à Salers, se retire sur les hauteurs au Puy-Mary, et mûrit gravement en caves profondes.

 

Le Cantal ferait une maîtresse tenace, volcanique et très discrète. Il est une épouse austère, légitime, chaudement vêtue, irréprochable, dont les ardeurs sont cachées et les enfants robustes quoique peu nombreux.

 

Le Cantal remonte à la plus haute antiquité, et plus si affinités. Il fut préhistorique voire antédiluvien. Il a tout traversé, les époques reculées et les péripéties infimes, il fut gaulois, il fut roman, il fut païen, il fut monastique, les siècles perdus ont tanné son cuir fauve, il ne craint plus la mort.

 

Le Cantal aspire à l'avenir, il est passé par ici il repassera par là, il lance des opérations sourire, les rues d'Aurillac sont un vivant théâtre, il surfe sur internet, il gîte en vert et aguiche l'amateur éclairé, il courtise l'autoroute, les éoliennes, et les T.E.R. fuselés, il défie la géographie et tient la haute dragée moderne aux intempéries de l'hiver coriace, il est sur tous les fronts, il n'a pas peur du troisième millénaire.

 

Le Cantal connaît des variantes. C’est au choix, le choix du roi, chacun pour soi, et le Cantal pour tous. Variantes policées façon Lot, souriantes, avenantes, radoucies, garnies de tuiles et de châtaigniers cossus, un rien de sud, un soupçon d’été dans l’accent. Tonsurées, ensauvagées, coté nombril du monde, entre Limon et Cézallier, Allanche Murat Riom triangle des Bermudes des pays perdus, très sainte trinité, estives bleues hivers blancs automne de feu, et pas de printemps.

Pas. De. Printemps.

Sauf les jonquilles.

Pas de printemps ; sauf deux heures, sauf trois jours ; de violente folie très douce sous le vitrail immense du ciel neuf.

 

J’en suis. De là-haut. J’en descends. Comme d’une lignée profonde. Lignée de vie, ligne de sens. Je n’en reviens pas de cette grâce insigne que c’est d’en être. Je n’en reviens pas et n’en veux pas finir de n’en pas revenir.”

Marie-Hélène Lafon

 

© Libella, Paris, 2012

Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur et des Editions Buchet Chastel.

 

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